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CHRONOLOGIE ARIANE

ARIANE 1, NAISSANCE D' UNE FUSEE

Dès 1970 le développement spectaculaire des applications spatiales contraint l’Europe à prendre conscience de l’importance politique et économique que constituait l’utilisation de l’espace. Tout laisse présumer que la décennie 1980-1990 verra la mise en place de systèmes spatiaux à des fins commerciales dans le domaine des télécommunications, de la télévision directe, de la météorologie ou de l’observation de la Terre. 
En 1973 plusieurs études estimeront que, au cours de cette décennie 1980-1990, 180 satellites, dont 23 pour l’Europe, seront placés sur orbite géosynchrone. 

1972 L3S.gif (273451 octets) Dans les premiers papiers réalisés par l'équipe de Roland Deschamps du CNES en réponse aux demandes de Michel Bignier, le projet est initialement baptisé Europa III de Substitution, E III S. Avant de le proposer au gouvernement français, il a fallu modifier son nom, car le lanceur étant "national", il était impossible et inconcevable qu'il se nomme "Europa". Comme il était très difficile de refaire des tirages, il fut décidé de gratter le "E" pour en faire un "L".  

1973

En ce début d' année, le projet L3S est affiné par le CNES et les industriels français, SNIAS, SEP, Air Liquide et Matra. Ce lanceur Comporte trois étages à ergols liquides; le troisième étage utilise hydrogène et oxygène liquide comme le deuxième étage d'Europa III B. Mais il est plus petit que ce dernier et son moteur est techno logiquement moins ambitieux, ce qui accroît les chances de succès du programme.

Le L3S, qui a pour mission de satelliser 700 à 800 kilogrammes en orbite géostationnaire, doit être opérationnel en 1980 et être d'un coût d'utilisation comparable aux lanceurs américains de taille analogue. Il est conçu pour utiliser au mieux les technologies déjà développées et sûres. Cette contrainte fige ses caractéristiques, les travaux de l'Air Liquide exécutés de 1962 à 1970 sur des réservoirs cryotechniques limitent à 2,60 m le diamètre du troisième étage. Les travaux de la SEP sur les moteurs cryotechniques de 4 à 7 tonnes de poussée HM4 et HM7 et par MBB sur les chambres de combustion conduisent au choix du moteur HM7 pour la propulsion de ce troisième étage. Celui-ci est, de ce fait, limité à 10 tonnes d'ergols au maximum ce qui implique, pour obtenir les performances voulues, l'utilisation de deux étages inférieurs à ergols classiques alors qu'Europa III B avec son gros étage cryotechnique de 20 tonnes se contentait d'un seul étage inférieur à ergols classiques. Les étages à ergols classiques étant désignés L et à ergols cryotechniques H avec un chiffre désignant la masse d'ergols en tonnes, on étudie plusieurs combinaisons dont L140/L33/H8. Cette dernière solution est finalement retenue. Le L140 est une version allégée du L150, premier étage d'Europa III B, utilisant les mêmes ergols, peroxyde d'azote (N204) comme oxydant et dimethyl hydrazine asymétrique (désigné UDMH) comme carburant et les quatre mêmes moteurs Viking 2 de 60 tonnes de poussée au sol. Le deuxième étage est propulsé par une variante à long divergent du moteur Viking 2, adapté au fonctionnement dans le vide, le Viking 4 qui développe 71 ,3 tonnes de poussée dans le vide. L'amélioration des moteurs dans la suite du programme portera la poussée totale du premier étage à 245 tonnes au sol ou 277 tonnes dans le vide et celle du deuxième étage à 72 tonnes. Le troisième étage cryotechnique est propulsé par le moteur HM7 de 6 tonnes de poussée.

Au printemps, à la veille de l' ouverture de la conférence de Bruxelles, de nombreux problèmes sont à régler: préparation de la convention créant la nouvelle agence spatiale, la dimension européenne du programme L3S, les "surenchères" des Anglais, les pressions Américaines en vue d' une coopération avec le "Space Shuttle" (intéressant l' Italie et l' Allemagne).  

Le 30 avril, le programme Europa 2 est définitivement mis aux oubliettes.

Le 10 mai 1973, le projet L3S est présenté à l’ industrie Européenne à Paris. Le CNES en est le gestionnaire technique, l' Aerospatiale le maître d' oeuvre (division des Mureaux Paris). Le CNES a déjà passé 4 contrats avec l' Aerospatiale (structure premier et second étages, inter-étages et coiffe, intégration des étages), Air Liquide (structure troisième étage), SEP (propulsion) et MATRA (case à équipement et banc d contrôle au sol). La France s' engage sur 60 % du programme, le reste étant à trouver d' ici deux mois auprès des autres partenaires. Le L3S devra être opérationnel pour 1980 et la mise en orbite du satellite de télécommunication européen et être comparable en coût aux Atlas Centaur américain. Il est décidé d’ utiliser les techniques déjà développées et sures. Au lieu d' un lanceur deux étages équipés d' un gros moteur cryogénique, le L3S en possède trois et seul le dernier est cryogénique ce qui limite les risques. Cet étage aura un diamètre de 2,6 m et le moteur HM7 de la SEP assurera la propulsion. Il contiendra 10 tonnes de carburant. Les deux étages inférieurs utiliseront des carburants classique avec des moteurs Viking. Plusieurs formules sont proposées :
_ L140, L35 et H6 ;
_ L140, L35 et H9 ;
_ L140, L31 et H10 ;
_ L144, L31 et H6 ;
_ L142, L31 et H 8 ;
_ L142, L31 et H 8, c’ est cette dernière qui sera retenue.

L’ étage L140 est plus petit que le L150 d’ Europa 3B et il utilise les mêmes ergols, UDMH et N2O4, la propulsion étant assurée par 4 moteurs Viking de 60 tonnes de poussée. 
Le L33 à le même diamètre et réservoirs que le troisième étage H8. La coiffe enfin est du type Atlas Centaur en bulbe avec un volume utile de 9 m3 (8,6 m x 3,2).

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Du coté des moyens d' essais, de nouveaux banc d' essais seront construit à Vernon. Les banc actuels PF 2 et 4 seront utilisés pour les moteurs Viking seul et le second étage avec réservoirs "lourds". Un banc PF20 sera construit pour le premier étage ainsi qu' un autre pour les essais en configuration de vol réel. Pour le moteur cryogénique, 4 bancs seront aussi construit à Vernon en plus de celui d' Allemagne (Ottobrunn), un pour les essais de turbo pompe PF41, un pour moteur complet, un pour les étage avec réservoirs lourds PF42 et un pour l' étage en configuration de vol PF43. L' intégration du lanceur sera réalisé aux Mureaux ou l' Aerospatiale construira un bâtiment  pour l' intégration à l' équerre (premier étage horizontal, second et troisième vertical et les essais dynamiques complet.)
Pour le lancement, le CSG sera utilisé soit en modifiant les installations Europa, soit en construisant un nouveaux pad à 1 km de là.   

1973 CSG ELA 1.jpg (57279 octets)

Le 12 juillet, la Conférence spatiale européenne se réunit pour confirmer les décisions de principe de décembre. Coup de théâtre moins d'une heure après son ouverture, la réunion est ajournée. Les délégués de l'Italie, des Pays-Bas et de la Suède ne sont pas mandatés pour prendre immédiatement des engagements.  L'inquiétude est grande, en additionnant le pourcentage de chaque membre, les 100ù ne sont jamais atteint. La France est d' accord pour financer le L3S à concurrence de 60% et assumer le coût des risques supplémentaires. elle est aussi d' accord pour le Spacelab à condition d' obtenir un accord sur le lanceur. Les Britanniques acceptent de participer modestement au Spacelab, mais n' ont aucun intérêt pour le L3S. L' Allemagne enfin se dit prêt à participer au L3S à la hauteur d' un certain pourcentage exprimé en Mark et non en pourcentage. De plus, elle lie sa participation au lanceur à celle du Spacelab. La Belgique s' engage pour 4% dans le Spacelab et le L3S, l' Espagne prend 2%, les Danois donnent leur accord pour 0,5% tandis que la Suède, la Norvège et les Pays Bas ne se décident pas . La réunion est ajournée et les décisions sont reportées au 31 juillet. 

Sur les conseils de M Charbonnel, Charles Hann, ministre Belge de la recherche (1973 à 76)  qui préside la réunion entreprends un tour d' Europe afin de convaincre les responsables scientifiques, mais sans réel succès.
Le 31 juillet, la réunion reprend et les discutions aussi. Une nouvelle rêgle du jeu est adopté: je contribue à condition que tu contribues à mon projet. Charles Hann décide alors que voir en privée toutes les délégations afin de négocier cette grande partie de poker. Ainsi pour le L3S, la France porte sa contribution à 62,5%, la RFA offre 40 millions de Mark en 8 versements annuels, révisables une seule fois après 4 ans, les Belges 5% et les Anglais s' engagent pour 1 ou 2%. Pour le Spacelab, la France prend 10%, l' Allemagne 52,55%, les Pays Bas 2%, les Anglais 6,3%. Pour Marots, les Anglais participent à 56%, la France à 15, la RFA à 20 et la Belgique à 1%. Le reste des états représente 8% du L3S, 21% du Spacelab et 8% de Marots. L' accord est intervenu, l' Europe est engagé sur les trois programmes et la fusion de l' ESRO avec l' ELDO est finalisée. L' e
nsemble du "packtage deal" constitue un tout très cohérent autonomie européenne avec le L3S, apprentissage des technologies du vol habité avec le Spacelab, début d'un programme de satellites d'application avec Marots.

1973 salle conseil esa.jpg (70556 octets)  1973 hann.jpg (48638 octets)

Le 1er août, Bruxelles, le programme L3S est déclaré projet spécial CERS-ESRO, chaque pays étant libre d’ y participer ou pas. En ami, la France propose de prendre à sa charge 60% du financement du programme, celui devant couté 2060 000 000 F (1973). Une marge de 20% pour aléas porte le coût du programme à 2472 000 000 reportés sur 7 ans.
Les négociations fin 1973 donnent la participation des états :
_ France 62,5% ;
_ Allemagne 20,12% ;
_ Belgique 5% ;
_ Grande Bretagne 2,47% ;
_ Pays Bas 2% ;
_ Espagne2% ;
_ Italie 1,74% ;
_ Suisse 1,2% ;
_ Suède 1,1% ;
_ Danemark 0,5% ;
Pour la France, la part représente 25% du budget du CNES, mais quatre fois moins que ce que dépense un Américains pour l' espace.

Des noms sont proposés pour le lanceur L3S. Comme le 1er août est la journée nationale de la Suisse, 2 suggestions sont faites: Edelweis et Guillaume Tell. D'autres sont issues de la mythologie Grecque ou Romaine, comme Patience, Prometheus, Penelope, Phoenix et Orion. Ci dessus, des noms écrits au bas d'un papier par Peter Creola, le délégué Suisse de l'ESRO (Photo ESA-SP 1265).

Octobre, le L III S trouve un nom : il s'appellera Ariane. Pourquoi Ariane? L'histoire raconte que des noms tels que Vega ou Phoenix (celui qui renaît de ses cendres, allusion à peine voilée aux problèmes des lanceurs européens précédents), sont sortis d'un concours interne à l'Agence spatiale européenne. Le choix final est alors proposé au ministre de l'industrie et du développement scientifique, M. Charbonnel. Le ministre choisit "Ariane ", nom qui ne figure pas dans la liste! Pourquoi? Parce que n'ayant que deux fils, M. Charbonnel avait toujours souhaité une fille qu'il aurait appelée Ariane ! Une autre légende affirme que M Charbonel pensait au fils d' Ariane, qui dans la mythologie grecque permit à Thesée de se retrouver dans le labyrinthe après avoir triomphé du minotaure. 
À l'époque Ariane est toujours dans l'enfance. Presque tout reste à faire et il ne faut pas recommencer Europa... 

Le 6 décembre la responsabilité du projet dénommé est confié au CNES par l’ ESRO, le protocole d’ accord étant définitivement signé le 7 février 1974. Dans l’ arrangement final, le 28 décembre la France accepte de couvrir les surcoûts du programme jusqu’ à 35% des 2472 millions.

L' ORGANISATION INDUSTRIELLE ET FINANCIERE

1974

Janvier, début de la construction du SIL le Site d' Intégration des lanceurs aux Mureaux près de paris dans les locaux de l' Aerospatiale. Dans ce bâtiment, les lanceurs seront assemblés en deux parties, le premier étage et l' ensemble second troisième car sa hauteur ne permet pas de dresser le lanceur complet comme sur le pad. D' une superficie de 4000 m2, le SIL est divisé en 4 zones de travail avec une nef centrale de 33 m de hauteur équipée d' un pont roulant.

1974 SIL plan 1.jpg (141947 octets)

Le 7 février, le protocole d'accord de décembre 1973 est définitivement signé, la responsabilité du programme a été confiée au CNES par l'ESRO. En ce qui concerne la répartition financière, la France a dû accepter de payer plus que les 60 % qu'elle proposait au printemps 1973. 
A la fin de l'année, les participations des différents pays sont officiellement les suivantes :
_ 62,5% pour la France (plus 1,37% provisoirement pris en compte), 
_ 20,12% pour l'Allemagne, 
_ 5% pour la Belgique, 
_ 2,47% pour le Royaume-Uni, 
_ 1,20% pour la Suisse, 
_ 1,10% pour la Suède 
_ 0,50% pour le Danemark. 

A quoi il faut ajouter pour certains de ces pays d'autres investissements dans le programme spatial européen. A côté du lanceur, ne l'oublions pas, il y a aussi le projet Spacelab pour lequel se mobilisent l'Allemagne et l'italie, et le projet Marots de télécommunications maritimes qui retient l'attention du Royaume-Uni. L'ensemble du programme L III S, lui, doit coûter 2060 millions de francs aux conditions économiques de janvier 1973. Une marge de 20 % pour aléas porte le total à 2 472 millions répartis sur 7 ans. Pour la France, le financement supporté est équivalent à la construction de 20 à 40 kilomètres d'autoroute par an et représente 25 % du budget spatial français. Dans l'arrangement final qui entre en vigueur le 28 décembre 1973, le gouvernement français s'engage à couvrir les surcoûts éventuels du programme jusqu'à concurrence de 35 % au-dessus de 2 060 millions. Au-delà de ce plafond, il est convenu que les états participants se concerteront sur la suite à donner au programme. chacun étant libéré de ses engagements. 

La contribution de chaque pays est exprimée en monnaie nationale et est réévaluée en fonction de l'inflation dans ce pays (qui par ailleurs reçoit un montant de travaux au moins égal à 80 % de sa contribution), mettant ainsi le programme à l'abri de l'érosion monétaire et des modifications de parité.
Un Conseil Directeur de Programme, composé des représentants des états participants, assume la responsabilité du programme et prend toutes décisions le concernant.
La gestion du programme de développement est confiée au CNES en vue d' assurer à la France, en contrepartie de son engagement financier prépondérant, la maitrise d'oeuvre du projet. Le contrôle de l'exécution du programme est confié à l'ESA.
Il n'y a pas de clause de retrait d'un etat participant à l' intérieur de l'enveloppe financière définie précédemment. Entré en vigueur le 28 décembre 1973, cet arrangement permet de gérer ce programme international complexe sur des bases très saines et fonctionne parfaitement.

1 avril, dissolution et incorporation à l'Agence spatiale européenne du CECLES/ELDO. 

Valery Giscard d' Estaing arrive à l' Elysée suite au décès du président Pompidou en avril. En mai juin, il demande à revoir certains des grands projets "Gaulien" dans le cadre de la préparation du budget 1975. Le projet Ariane avec quelques autres lui paraissent trop "grand". Pendant 4 mois, le programme est suspendu. Le CNES se voit interdire de passer des contrats avec les industriels en vertu d' un accord passé avec l' ESRO Michel d' Ornano ministre de l' industrie supprime tous les crédits pour Ariane. Un Lobi intellectuel et industriel se crée et le programme redémarre le 16 octobre mais avec un retard induit de quatre mois sur le premier vol : la date objectif glisse du 15 mars au 15 juillet 1979. Les budgets étant signé, il faut taxer plusieurs ministères, les PTT, la Défense et les Transports, le CNES devant réduire ses programmes nationaux. 

L'expérience technique sur laquelle s'appuie la définition du lanceur Ariane et l'homogénéité technique recherchée ont conduit à retenir le CNES en tant que maître d'oeuvre du programme. Pour la phase de développement, le CNES a passé cinq contrats directs (niveau 1) auprès des industriels français
- un contrat "d'architecte industriel" à la SNIAS-DSBS. Au titre de ce contrat, la SNIAS est responsable des études "système", des essais "système", de la gestion de la configuration du système et des différentes opérations d'intégration du lanceur jusqu'à la présentation en recette au CNES du lanceur complet aux Mureaux.
- un contrat "d'étagiste" à la SNIAS Centre Technique des Mureaux. Au titre de ce contrat, la SNIAS réalise les structures des deux premiers étages, la coiffe et les inter-étages et assure l'intégration des trois étages et les présente en recette au CNES.
- un contrat pour le développement des ensembles propulsif s des trois étages à la SEP. En ce qui concerne le premier étage, la SEP est en outre chargée du développement et de la fourniture de la baie de propulsion.
- un contrat pour le développement des structures cryogéniques du 3ème étage à l'AIR LIQUIDE.
- un contrat pour la fourniture de la case à équipements à la MATRA.
En outre, un contrat pour la fourniture du banc de contrôle du lanceur a été passé à la firme beige ETCA. En vue d'assurer le retour des travaux dans l'industrie européenne, à 80% de la contribution de chaque état participant, des appels d'offres ont été faits par chacun des contractants de niveau

En raison des délais d'approvisionnement et de fabrication d'un lanceur, la production de lanceurs opérationnels a été entamée bien avant l'achèvement de la phase de développement pour éviter une rupture entre les lancements de développement et les lancements opérationnels. La décision d'entreprendre la production des lanceurs Ariane a été prise par les états membres de l'Agence en avril 1978. Cette décision couvre la fabrication et le lancement sous la responsabilité de l'Agence d'une première série, appelée "série de promotion", de six lanceurs opérationnels (le sixième lanceur ayant été ajouté ultérieurement).
Dans le cadre de la série de promotion sont également réalisées des installations pour la préparation des satellites ("EPCU" = Ensemble de Préparation des Charges Utiles) à Kourou et le développement d'un dispositif pour le lancement simultané de deux satellites ("SYLDA" Système de Lancement Double ARIANE). La réalisation de la série de promotion est assurée par les Participants à la phase du développement du lanceur et l' Irlande qui a rejoint le programme pour la phase de production.

L'agence négocie et conclut les contrats les utilisateurs d'ARIANE. Les contrats fabrication pour la fabrication des lanceurs sont passés par le CNES qui effectue pour l'Agence les opérations de lancement.

L'organisation industrielle a été adaptée au caractère spécifique de la phase de production, Elle se présente comme suit sous la responsabilité du CNES:
_ La SNIAS (Aerospatiale) réalise les analyse de mission, gère les aspects systèmes et les premiers et troisième étage.
_ La SEP Société européenne de Propulsion réalise la baie de propulsion du première étage, le moteur du second et du troisième.
_ ERNO réalise le second étage.
_ Air Liquide réalise le réservoir isolé et équipé du troisième étage.
_ Matra réalise la case à équipement
_ Contraves réalise la coiffe
Chaque contractant du niveau 1 conclut des sous-contrats selon la répartition des travaux établie lors du développement.

La gestion du projet par un organisme unique, le CNES, doté des pouvoirs nécessaires, qui a derrière lui l'expérience du programme Diamant et s'enrichit de celle de l'ELDO par transfert d'un certain nombre de personnes chargées du programme Europa, est déjà un gage de cohérence et d'efficacité. Dans les grands projets complexes il faut aussi s'appuyer sur des techniques de gestion du type de celles développées aux Etats-Unis pour les programmes Polaris ou Apollo. 
Le CNES établit donc avec la SNIAS désignée " Architecte Industriel " du projet, des " spécifications de management " destinées à donner un langage commun aux quarante firmes des dix pays qui vont participer au projet. Les spécifications définissent l'organisation des responsabilités industrielles mais aussi la décomposition du lanceur et du programme de développement en matériels et tâches. Cette décomposition sert de base au contrôle des délais, des coûts et de la configuration ainsi qu'à la gestion de la documentation. Les spécifications définissent également les moyens par lesquels sont coordonnés les travaux (examens en groupe des travaux réalises désignés revues, approbations par le CNES ou les industriels de documents ou étapes clés), ainsi que les moyens par lesquels est et restera définie la configuration de tous les éléments matériels ou non (par exemple programmes informatiques). 
Par exemple, sont précisées les méthodes pour modifier la configuration des matériels tout en évitant que le matériel A modifié ne se monte plus ou crée une panne sur le matériel B, cauchemar propre à tout système complexe. Sont également spécifiés les moyens pour garantir la qualité des matériels, les travaux à effectuer pour obtenir une bonne fiabilité, les moyens de gestion des coûts et des délais et les règles de gestion de la documentation. 
Cinq contrats principaux sont passés avec des industries françaises. 
_ La SNIAS pour un rôle d'architecte industriel comportant la responsabilité des études et essais au niveau système lanceur complet et incluant les opérations de vérification finale d'Ariane aux Mureaux avant son envoi en Guyane pour lancement. A la même firme échoient aussi l'intégration des trois étages et la réalisation des structures des deux premiers étages, de la coiffe et des inter-étages. 
_ La SEP signe le contrat le plus important financièrement, pour la conception et le développement (incluant les essais au sol) des ensembles propulsifs des trois étages, l'intégration mécanique du troisième étage et la fourniture de la baie de propulsion du premier. 
_ L'Air Liquide se charge du développement des réservoirs cryotechniques du troisième étage 
_ Matra enfin se charge du développement de la case à équipement. 
Un sixième contrat est passé à la firme beige ETCA pour la fourniture des bancs destinés au contrôle du lanceur complet aux Mureaux d'abord, en Guyane ensuite. 

La recette du lanceur se fait en Europe au niveau des étages, de la case et de la coiffe qui sont transportés ensemble en Guyane pour le lancement. Le calendrier de fabrication prévoit la livraison d'un lanceur tous les trois mois, le premier lanceur opérationnel devant être fourni en novembre 1981 ; les lanceurs de la série de promotion seront en principe lancés en 1982 et début 1983.

Août, les équipes de l' ESRO et de Mc Donnel Douglas réalisent une étude sur l' implantation d' un pad de tir pour les lanceurs Delta (2314, 2914 et 3914) sur le CSG. Une décision finale sera prise en octobre. Dans le cas d' une construction, un premier tir de delta depuis Kourou sera réalisé dès juin 1977 avec des satellites européen OTS, Marots et Aerosat. 

    

Maquette de la baie de propulsion du L140

Les premiers réservoirs du L140 en fabrication.

   

Maquette du moteur cryogénique de la SEP le HM7 avec ses turbopompes.

1975

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Banc PF20, PF42 et 43

Les travaux sur le banc d' essais PF 20 de le SEP Vernon destiné aux essais de l' ensemble propulsif du 1er étage se poursuive normalement . Construit entre les bancs 4 et 5, le PF20 permettra les essais du groupement des quatre moteurs à partir de janvier 1976. Six essais de ce type avec réservoirs lourds de banc sont prévus jusqu'au troisième trimestre 1976. L' ouvrage comprend un massif en béton armé de 20000 tonnes avec déflecteur de jet non refroidit garni de 800 tonnes de plaques d' acier épaisse de 8 cm surmonté d' une dalle permettant le passage des quatre jets des moteurs. L' étage sera amarré sur des machoîres capable de retenir 100 tonnes chacune. L' alimentation se fera par des réservoirs de banc de 52 tonnes d' une capacité moitié des réservoirs de vol. Le poste de contrôle enterré à coté possédera de moyens de calculs et de mesure très moderne et circuit TV. L' aire de stockage des ergols est à quelques centaine de mètres et comprend 3 cuves  de 125 m3 pour 500 tonnes de N2O4 et 3 autres pour 300 tonnes d' UDMH. L' UDMH nécessaire à Ariane sera produit par l' URSS (les USA n' en n' ont plus pour l' instant). 1500 tonnes seront acheminé par l' intermédiaire de la société d' importation de produits chimique soviétique Sogo.

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Juste à coté, trois autres bancs pour l' étage cryogénique, les PF 41, 42 et 43. 
Plus petit que le PF20, le PF41 est destiné aux essais de longue durée de la turbopompe et du moteur aux condition de vol et en altitude simulée. Sa structure de 7000 tonnes de béton a un déflecteur de jet non refroidi. Il comprend deux postes  d' essais avec les mêmes réservoirs d' alimentation (50 m3 LH2 et 20 m3 LOX). pour les essais en altitude, on utilise un "caisson de simulation", un diffuseur supersonique et la réserve d' eau (700 m3). Le poste de commande est à 150 m.

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Le PF42 servira pour la baie de propulsion du HM7. L' ouvrage en béton repose sur un massif d' ancrage supportant l' étage et muni d' un déflecteur et d' un portique de manutention avec réservoirs lourd.

le PF 43 enfin est comparable au 42. Il servira pour la qualification de l' étage et pourra servir de doublure au 42.

450 personnes travaillent à la SEP directement sur Ariane qui recevra 820 millions de F pour l' ensemble des essais moteur. Le moteur Viking 2 du 1er étage a subit ses premiers essais en configuration turbopompe seule en 1973. la qualification du moteur est prévu en avril 1976. Le premier essai d' ensemble propulsif avec des réservoirs de vol (c' est-à dire d' un premier étage sans ses systèmes électriques) est programmé en décembre 1976 et après 4 essais de ce type, le premier essai de qualification en décembre 1977. La livraison de l' étage de vol doit intervenir le 30 avril 1978 ainsi que celle des étages 2 et 3, de la case et de la coiffe.  Le second étage doit subir ses premier essais d' ensemble propusif  en octobre 1976 et après 4 essais de ce type, son premier essai de qualification en octobre 1977.Les essais Viking nécessiteront 52 moteurs. 

En ce qui concerne le moteur HM7 (héritier des HM4) les essais débuteront en dès avril sur les bancs de Villaroche avant de se poursuivre à Vernon en 1976. Les essais avec réservoirs lourds de banc devraient s'étendre de l' été 1976 à la fin 1977 et les essais d'ensemble propulsif d'octobre 1976 à novembre 1977 suivis par les essais de qualification sur une période de 7 mois. La qualification des sous-systèmes moteurs, structures doit occuper l'année 1976. Le développement du HM7 utilisera 14 moteurs dont trois en configuration de vol. et 6 pour la qualification finale.

30 mai, signature de la convention de l' ESA à Paris lors de la conférence des plenipotentiaries. Prévue en décembre 1973, elle est journée en raison de désaccords entre la France et l'Allemagne sur les personnalités à nommer à la tête de l'Agence, et également en raison de la pause française de 1974. Les activités, les biens, les personnels de l'ESRO et de l' ELDO sont transférés à l'ESA.

Au centre le ministre Michel d'Ornano pour la France, avec à gauche Paul Fisher, ambassadeur des Pays Bas, Miguel Maria de Lojendio e Irure, ambassadeur d'Espagne et Hugh McCann, ambassadeur d'Irlande. Debout le secrétaire de la conférence spatiale Michel Bourely.

 

Juillet, Kourou le CNES démarre les travaux de modification de la BEC pour Ariane. Dans un souci d' économie, le CNES pensait réutilisé les installations Europa 2 d'où une seule fusée Europa avait décollé en 1971. La solution de 1973, de construire un nouveau pas de tir à 1 km au nord du pad de tir Diamant est abandonné. Il est prévu de refaire le massif de béton supportant le lanceur en avant de l'aire de lancement Europa 2 d' y "enterrer" le lanceur de 6 m et de rehausser la tour de lancement de 6 m également pour rentrer Ariane dedans. Le local blindé du centre de lancement est réutilisé.  La fin des travaux de construction est prévue le 31 décembre 1976 et les essais de mise au point des installations doivent s'achever durant le premier trimestre de 1978 avec des exercices de mise on oeuvre d'un lanceur complet jusqu'à une répétition de chronologie de lancement. Le lanceur ne doit pas voler mais à pour objet de représenter suffisamment la configuration du lanceur réel pour que toute les opérations de mise on oeuvre, mise en place des étages les un sur les autres, remplissage en ergols, pressurisation, commandes et compte rendues des organes électriques se fassent comme sur le premier modèle de vol. Celui ci doit arriver le 1er janvier 1979 en Guyane et décoller le 15 mars 1979. 

Novembre, le Site d' Intégration Lanceur aux Mureaux est terminé, il a coûté 29 millions de F sans compter le banc de contrôle fournit par ETCA Belgique. Le SIL, propriété de l' ESA permettra d' intégrer jusqu' à 5 lanceurs par an. Il a été construit volontairement au fond d' une ancienne carrière en craie pour limiter aux 20 m autorisés par la présence de l' aérodrome voisin la hauteur apparente de l' édifice.

Mesurant 100 m de long, il possède plusieurs postes d' assemblage des réservoirs et bati-moteur, ainsi que deux cellules d' intégration du premier étage L140, ainsi qu' une cellule pour l' intégration du lanceur complet en deux parties, l' une (étages supérieurs) verticale et l' autre (1er étage) horizontale. Un seul lanceur est intégré à la fois sur deux mois. A partir du lanceur L05, l' intégration du lanceur complet ne se fera plus au SIL mais en Guyane, Aerospatiale intégrant toujours les premiers et troisième étage aux Mureaux, ERNO le second dans ses usines allemandes.

Le SIL va permettre en 1976 les premiers essais au niveau lanceur complet, les essais de la maquette dynamique. Ces essais sont destinés à vérifier les caractéristiques dynamiques d'Ariane (modes et fréquences de vibration, amortissements) qu'il est indispensable de connaître pour assurer le pilotage de l'engin ou éviter les phénomènes POGO. Les accéléromètres et gyromètres qui permettent le pilotage détectent on effet ces modes de vibration de l' ensemble du lanceur qui se traduisent par les mouvements réels du centre de gravité ou de rotation. Si les organes de pilotage ne comportaient pas des filtres destinés à éliminer les fréquences correspondantes,  les mouvemente de correction commandés aux moteurs pourraient amplifier le phénomène et aller jusqu'à la destruction du lanceur. Le phénomène POGO est un couplage entre les modes de vibration structuraux (principalement verticaux) et les modes hydroélastiques liés aux compressibilité des liquides et élasticité des tuyauteries, coulage qui se répercute en oscillations de poussée de moteurs, lesquelles excitent à nouveau les vibrations structurales et ainsi de suite. Non maitrisé, le phénomène peut détruire le lanceur ou au moins le satellite (cas du premier lancement Diamant B, par exemple).
L'étude du phénomène POGO et l'introduction sur les ensembles propulsifs de systèmes anti-POGO a été prévue dans le programme Ariane dès le début. La fin des essais de la maquette dynamique est prévue en novembre 1976. D'autres essais de vibration sur des sous-ensembles du lanceur fond arrière et fond avant d'étage, case à équipement ont pour but de tester la tenue des équipements implantés sur ces sous-ensembles. 

Au niveau système lanceur complet sont aussi préparés des essais de maquette électrique destinés à démontrer la compatibilité électrique entre les différents éléments du lanceur et également entre les éléments et le banc de contrôle. Ces essais doivent aussi valider les programmes informatiques de contrôle utilisés sur ce banc, ils sont prévus au SIL de mi 1976 à la fin 1977.
Des essais de pilotage-guidage destinés à définir les caractéristiques de la chaîne de pilotage depuis le calculateur jusqu'à l'orientation des moteurs sont également confiés à la SNIAS. Ils mettent en oeuvre des maquettes réalistes des fonds arrières des étages avec servomoteurs réels.

Le premier réservoir de l'étage L140 destiné à la maquette dynamique au SIL

Après le dernier tir du Diamant BP4 en fin d' année, le CSG va se retrouver en période de' attente jusqu' en 1978-79. Quelques 168 emploies vont être supprimés  sur les 600 travaillant en Guyane. Après la fin des tirs Diamant, le pad sera mis sous "cocon" et la BEC d' Europa modifié pour Ariane ne qui nécessitera plus de personnes dès 1976. Le centre sera en outre modernisé (informatique, télémesure, radar), et quelques infrastructures réparés (toiture, route).
La construction de l' ELA 1 Ariane commencera en fin d' année. Le coût est estimé à 120 millions de F. Le CDL sera entièrement réquipé , le hall d' assemblage sera refait (il a brûlé) et de nouvelles antennes de télémesure poursuite seront construite en aval.

NAISSANCE D' UNE FUSEE partie 2